Archives Mensuelles: août 2012

En passant

Je me doute bien que nombre d’entre vous se seront inquiétés de ne plus trouver de message de notre voyage depuis que nous avons quitté le Laos…

L’explication en est simple : dans la région de Saïgon, le gouvernement bloque l’accès au réseaux sociaux et autres blogs, dont WordPress… Du coup, impossible de mettre quoi que ce soit en ligne, quand bien même j’ai écrit au jour le jour mes impressions, grâce à une tablette achetée à Vientiane pour la somme démentiel de 800 000 kips. Même pas 75 euros pour un hybride d’iPad et de Galaxy Tab, sous Androïd, inutile de dire que le geek que je suis parfois n’a pas insisté…

Bref, nous voici rentré, un peu triste que le voyage, ce si beau voyage, soit terminé.

Mais un voyage est-il vraiment terminé une fois que l’on passe le pas de sa porte. Ou ne fait-il, justement, que commencer ?

Petite explication

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Des cuillères parmi les baguettes…

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En arrivant à Trà Vinh (dire : Tia Vine), la première impression est que l’on n’est plus au Vietnam : les pagodes du Tam Giáo — la triple religion qui mélange allégrement bouddhisme, confucianisme et taoïsme — se font plus rares, et les temples bouddhistes, avec leurs toits aigus aux arêtes scintillantes, abondent presque. Cela a quelque chose de très thaïlandais ou laotien, et ce n’est pas un hasard.

Le delta du Mékong est une terre de « petit véhicule ». Pas les mobylettes bien sûr, mais le bouddhisme, dans sa version theravāda, qui domine très largement dans les pays voisins, en particulier au Cambodge. Car les Neuf Dragons, avant que les Français l’offrent au Vietnam dans un des ces éclairs de génie dont l’administration coloniale avait le secret, appartenait bel et bien au Royaume du Cambodge. En 1859, la France conquiert Saigon et crée la Cochinchine, arrachant du même coup la région aux Khmers pour en faire une future province du Vietnam. Ce que le Cambodge, évidemment, n’avait toujours pas digéré en 1978, au point de tenter de le récupérer par la force. Mauvaise idée. La contre-attaque vietnamienne se solda par la chute de Pol Pot, ce dont, je pense, on ne peut que se féliciter.

Ici, donc, sous des dehors très vietnamiens, nombre de gens sont khmers. Et malgré une vietnamisation à marche forcée, le theravāda est très vivace.

Trà Vinh, c’est un peu l’endroit où, contre toute attente, il est extrêmement plaisant de s’arrêter. Une ville à taille humaine, aux larges avenues ombragées de grands arbres qui s’agitent dans le vent et procurent, même en plein cœur de l’après-midi, une sensation de fraîcheur réjouissante. Les immeubles sont bas. Le portrait d’Ho Chi Min est accroché au fronton d’un marché idéalement couleur locale. Il y a des jolis parcs aux fleurs exubérantes, où les enfants viennent jouer le soir en riant aux éclats. Au bout de l’avenue Diên Biên Phu, une pagode caodaïste étale une polychromie de crème au beurre et sanctifie Victor Hugo, fondateur posthume de cette très syncrétique religion, à égalité avec Nguyen Binh Khiem et Sun Yat Sen. On peut traverser les rues sans tromper la mort à chaque fois. Et les habitants, franchement sympathiques, ne se jettent pas sur vous pour tenter de vous vendre, au choix, un hamac devant votre guest-house, des lunettes alors que vous en avez déjà sur le nez, un billet de loterie ou une extraordinaire réplique de zippo façon US Army bien que vous ne fumiez pas…

Ce qui nous ramène au « petit véhicule ». Je ne sais pas si les habitués de l’Asie du Sud-Est seront d’accord, mais je crois bien que cette voie possède une nette influence sur le comportement des gens. Une de nos amies, Catherine, qui connait bien l’Asie, distingue non sans humour les pays de cuillères des pays de baguettes. Comprenez ceux où l’on mange avec des cuillères et ceux où les baguettes sont la norme. Thaïlande, Laos, Cambodge et Birmanie : pays de cuillère, bien sûr, avec un caractère tout en rondeurs. Vietnam et Chine ? Pays de baguettes, où l’on est droit, limite psychorigide… Les premiers pratiquent ce bouddhisme assez décontracté qu’est le theravāda, les seconds lui préfèrent le « grand véhicule », codifié, clergifié, si je puis dire, agrémenté de nombreuses exégèses des dits de Siddartha Gautama, alias Bouddha. Et je ne vous parle même pas du confucianisme qui vous enferme, ici comme en Chine, dans le culte des ainés et de la descendance mâle…

Trà Vinh, c’est donc un peu pour moi « voyage en terre connue ». À Chùa Ông Mẹet, le grand temple bouddhiste de la ville, je retrouve les bonzes en robe safran et les dorures des temples laotiens, sans le côté un peu clinquant qui marque l’influence thaïe. En fermant les yeux, lorsque les sutras montent dans l’air du soir, la main sur les nagas qui flanquent les escaliers, on pourrait se croire à Vientiane ou à Luang Prabang. Les moines y ont la même décontraction tranquille ; ils prennent le temps de finir leur cigarette avant de rentrer calmement dans le temple, où Bouddha les attend avec son petit sourire vaguement ironique, sans se formaliser de cette entorse aux règles les plus élémentaires édictées il y a 2600 ans. Il faut dire qu’à l’époque, le tabac n’avait pas encore quitté les Amériques.

Seul petit bémol de ce coin quasi idyllique, l’étrange et inexpliquée difficulté pour boire une bière. À la nuit tombée, nous avons sillonné le vieux centre aux belles demeures coloniales sans trouver un seul de ces bars de trottoirs qui pullulent ailleurs au Vietnam, proposant la bia hoi aux chalands assoiffés. À Trà Vinh, les nombreux cà phê servent… du café. Ce n’est qu’à côté du marché, sous la barbiche bienveillante d’oncle Ho, qu’un restaurant ambulant a accepté de nous servir notre Saigon vespérale, mais à température ambiante. Autrement dit, une bonne trentaine de degrés Celsius.

En coulant sur la glace, la bière creusait instantanément des cratères béants, effet inattendu autant que pervers d’El Niño et du réchauffement climatique global, sans aucun doute…

L’autre bout du Monde

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Le dernier village avant la mer s’appelle Duyen Hai. Disons plutôt que c’est un gros bourg, dont la prospérité apparente vient de l’élevage des crevettes, dont les bassins emmaillent la platitude de cette portion du delta.

Avant même notre descente du bus, les xe om, pilotes des motos taxis, se sont jetés sur nous. Ils savent bien qu’ils sont le seul moyen de rejoindre le littoral, à un dizaine de kilomètres. Après un bateau, deux bus et un mini van, ils seront notre ultime véhicule en à peine 120 km. Pour 5 h de voyage !

Notre destination, la plage de Ba Dong, est un endroit bizarre. Au sommet d’une haute levée de terre, une ligne de filaos ombrage quelques bâtiments bas et paillottes sous lesquelles se nichent hamacs et chaises longues. Devant, un large ruban de sable découvert par la marée et au delà, la mer. Le Mékong qui déverse ses alluvions tout prés d’ici, lui donne sa teinte de thé Lipton au lait. Cela me rappelle un peu Libreville, cette eau trouble et chaude, peu engageante mais pourtant bien agréable. Nous ne sommes pas les seuls dans l’eau : la plage et ses petits restaurants sont prisés des Vietnamiens qui y passent le week-end en famille – ou entre amis pour la jeune génération.

Lorsque le jour s’est couché, il n’y avait plus que nous pour peupler la seule guest-house du coin, grand bâtiment hiératique un peu incongru, posé au milieu des rizières et des élevages de crevettes en arrière de la digue. Et, hormis une famille vietnamienne, nous étions les seuls clients du seul restaurant encore ouvert…

Près de 2000 km plus au sud, nous étions un peu comme à Dong Van, les seuls occidentaux ou presque… Comme dans ce nord extrême – où nous est venue l’idée d’aller le plus au sud possible du Vietnam – il ne doit pas y avoir beaucoup de blancs pour se lancer dans ce petit périple, juste pour le plaisir d’un bain dans la Mer de Chine méridionale dont les eaux bleues se mêlent à l’ocre du fleuve-roi.

D’îles en îles, premier matin du Monde

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Dans un voyage, il y a toujours des moments d’exception. Du genre à vous faire oublier certaines vicissitudes légèrement mercantiles comme il y en a malheureusement trop au Vietnam. « Buy something for me « , si vous voyez ce que je veux dire.

Laissez-moi vous expliquez.

Ce matin, nous avions prévu une petite croisière sur les multiples canaux qui parcourent l’ile de An Binh, où nous avons élu résidence. Dans ce genre de cas, il faut s’attendre a tout, en particulier au pire. C’est exactement l’inverse qui est arrivé…

Tôt ce matin, une charmante dame est venue nous chercher au homestay, toute frêle sous son chapeau conique. À travers un dédale de piste en ciment, nous sommes partis vers un canal envahi de jacinthes d’eau, dominé par la silhouette gracile des bambous. Le bateau nous attendait, piloté par le mari de notre guide. Quel âge lui donner ? Sans doute soixante ans, mais son sourire est tellement frais que c’est bien difficile à affirmer…

Avec nous, une autre famille française, d’un commerce fort agréable, comme on disait autrefois, des Picards dont la fille fait un stage à l’ambassade de France à Hanoi. Dans la longue barque, ornée de deux gros yeux à la proue, un auvent de rotin protège du soleil, déjà brulant à cette heure matinale. Le moteur ronronne. Le Mékong s’offre a nous, que nous quittons bientôt pour une de ces avenues aquatiques qui quadrillent toutes les îles du delta. La forêt forme comme une galerie ombragée. Nous croisons d’autres barques, et des cargos lourdement chargés de sable que des grues puisent dans le lit du fleuve, de bois, de fruits… Les villages défilent au rythme lent de notre navigation.

Soudain, les rives s’écartent. Une immensité surgit, couleur de Ca phe sua. Le Mékong était  revenu, du moins un autre bras, plus large encore que celui que nous avons quitté. Notre embarcation parait bien légère sur ce semblant de mer, à peine ourlé devant nous d’une timide ligne vert sombre. Notre capitaine s’engage sans crainte. Le Dragon sommeille, nous pouvons nous engager sans avoir peur dans sa titanesque bouche…

Lorsque nous parvenons dans la petite ville côtière de Cai Be, nichée sur un modeste affluent du grand fleuve, le marche flottant est presque terminé. Il ne reste plus que quelques bateaux dont les mats signalent la cargaison : ananas, navets, courges et autres longanes, pendus comme des trophées en haut de longues perches de bambous. Qu’à cela ne tienne : pied a terre dans le sillage de notre délicieuse hôtesse, pour découvrir la ville et ses fabriques de longanes séchés, ses mielleries, autant de petits trésors exotiques dont Suzy nous traduit les secrets millénaires.

Retour au bateau. Sur l’autre rive, nous passons dans une barque plate et nous enfonçons dans un étroit canal. Il n’y a plus que le bruit des rames qui heurtent l’eau. L’ambiance se fait irréelle alors que la vie, la vie simple des gens du Delta, nous transperce et se coule en nous. Oserais-je l’avouer ? Nous avons écouté, en sourdine, la voix de Jim Morrison. The end ? Non, tout juste un éternel commencement… Puis nous avons retrouvé nos amis vietnamiens. Découvert avec eux une incroyable maison sino-portugaise, tapie sous les frondaisons. La propriétaire, une adorable vieille dame de 87 ans, nous en a ouvert les portes. Encore une once de magie pour nos yeux. Lorsque le mirage s’est estompé, nous étions a Vinh Long. Nos amis Picards nous ont laissés, pour continuer leur route vers Saigon, Suzy est partie avec notre hôtesse se faire faire de nouvelles lunettes. Dans la torpeur de l’après midi, nous nous sommes quittés, émus de cette rencontre, de cette amitié dont Jean-Pierre, Patrick et moi n’avons perçu que les rires et les regards pleins de malice.

Mais je crois bien que c’est tout ce qui fallait en garder !

Le retour du Mékong…

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Après deux jours dans le chaudron saïgonais, dans le vacarme permanent des klaxons, nous avons fui vers le delta du Mékong, non loin de Vinh Long.

Nous avons retrouvé le grand fleuve, abandonné à Vientiane et survolé à Phnom Pen. Song Tien, le bras que nous avons traversé, d’abord sur un superbe pont puis en bateau en sens inverse, est plus large qu’au Laos. Et ce n’est là qu’un des neuf bras…

Cửu Long Giang. Les Neuf Dragons. Un univers en soi, où l’eau est à la fois promesse de vie et menace de mort, quand les crues font monter le fleuve, ravageant tout.

Nous sommes sur une petite île, à An Binh, dans un homestay en apparence au milieu d’un nulle part sillonné de pistes en béton à peine au-dessus des eaux jaunes du fleuve. L’île est parcourue d’un réseau de canaux qui font immanquablement penser à Apocalypse Now. Il suffirait de la musique des Doors et de la figure fantomatique du colonel Kurst pour s’y croire. Mais, en guise de Doors, ce sont les rires et les cris d’enfants. Le colonel est parti depuis bien longtemps. Et trop loin de la mer, Charly ne surfe toujours pas.

C’est un havre de paix. Il ne semble pas y avoir d’heure, notre famille d’accueil est simplement charmante, le ciel est bleu, les cocotiers tout verts… Il ne reste plus qu’à ne rien faire. Se la couler douce en attendant que ça se passe. Dessiner, lire, dormir.

Si la paresse est un péché capital, alors je suis bon pour l’enfer. À condition seulement qu’il ressemble à ce minuscule bout de terre hors du temps…

Boulevard de la mort…

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Le Laos s’en est allé. Il s’est doucement estompé derrière un voile de nuages puis a disparu…

Nous avons laissé le Mékong, pour mieux le retrouver dans son delta, cette bouche des neufs dragons qui me fait rêver depuis des années.

Nous voici donc à Saigon, dans les pas des souvenirs d’enfance de Suzy. Une très grande ville, bien différente de Hanoi. Moins bruyante. Peut-être moins agitée, comme plus méridionale. Il y a pourtant beaucoup de monde dans les rues. Cela grouille comme on disait du temps des colonies (avec un peu de mépris dans le ton, bien sur), mais j’ai une impression de familiarité. Sans doute Saigon me rappelle Bangkok, voire, a travers je ne sais quoi dans les rues ou l’architecture, Libreville. Peut-être est-ce a cause des arbres qui bordent les avenues, ou alors est-ce dans l’air. Je ne saurais dire…

La ville elle-même n’est pas très belle, en tout cas de mon point de vue, mais elle a un charme indéniable. Il faut voir les étals des marchandes de pho investir les ruelles où se trouve notre guest-house, l’odeur de coriandre, de rau ram (dire : zao zam, damnés Jésuites !), les gens qui viennent chercher leurs bols de soupe ou s’assoient sur des petits tabourets rouges ou bleu, la, dans la rue, pour immédiatement être conquis.

Il faut s’être enivré de senteurs, de couleurs, de bruits à Cholon (dire : tcheu lone…), le grand marché, avoir remonté l’avenue Le Loy , celle des 400 coups de Suzy, jusqu’à l’hôtel Métropole, où vécu Graham Greene, il faut avoir bu la bière la plus cherche du Vietnam face à la rivière Saigon et à ses improbables bateaux pour se dire que oui, cette ville vaut le voyage.

À condition bien sûr d’avoir survécu à la traversée d’un carrefour…

Parce que traverser une rue, ici plus qu’à Hanoi, tient du sport extrême.

Vous êtes sur le bord du trottoir. Devant vous filent des dizaines de scooters, quelques voitures, des bus, des camions. Nul ne s’arrête. Les trajectoires se croisent, s’emmêlent, se frôlent. Et il faut traverser. Se décider vite, quant arrive une fugace accalmie. Avancer. Il n’y a que le premier pas qui coute ! La technique, dit-on, consiste à regarder ce qui arrive en marchant d’un pas égal et décontracté, les pilotes des deux-roues, des voitures et des bus faisant le nécessaire pour vous éviter. Et surtout – surtout ! – ne pas faire demi-tour, à moins de vouloir rejouer une célèbre scène des Blues Brothers, en remplaçant les voitures de police par des mobylettes. Plus facile à dire qu’à faire, je vous le jure,  d’autant que la plupart du temps, les motos arrivent d’un peu partout. Il faut avoir des yeux partout, façon caméléon de l’asphalte.

Pour autant, au bout de deux jours, je commence à prendre le coup. Pas au point d’être téméraire comme Patrick, mais je ne me dis plus, avant de me lancer : « si je survis, je mets un cierge à la Bonne Mère ! »

Rebus…

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Nous livrons a votre incroyable sagacite ce petit rebus qui resume assez bien Vientiane…

Toutes les photos ont ete prises au Wat sisakhet mais il manque un mot que typographe remplace parfois par une esperluette.

Nous attendons vos reponse en commentaires et donnerons la reponse depuis Saigon !

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calme
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Turbulente Vientiane

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Vous vous doutez bien qu’il s’agit là d’une boutade. Même s’il s’agit de la capitale, la Ville du Croissant de Lune ne peut pas vraiment être qualifiée de turbulente. Certes il y règne une agitation certaine, il faut faire attention quand on traverse la rue – il y a des voitures ! – mais en comparaison de Saigon où nous serons demain, ce n’est qu’une pâle imitation… Il faut dire aussi qu’à coté de la langoureuse Luang Prabang, tout parait agité…

Vientiane donc. Nichée dans une courbe du Mékong, le croissant de lune qui lui donnerait son nom, face a la Thaïlande, l’ennemi de jadis à qui la statue monumentale du roi Chao Anou tend une main chaleureuse. Les Thaïs n’ont vu que son autre main, sur le pommeau d’un sabre. Et auraient pris la mouche.

La ville change peu à peu. Elle se modernise. Le Talat Sao s’est transformé en un grand building moderne dans lequel les marchands sont priés de déménager. Dans ce qui reste du vieux marché, j’ai retrouve notre amie Giang, notre vendeuse de Mah Jong favorite. Hier, alors que nous avions oublié que le Tala Sao ferme vers 5 heures, elle m’avait vu de loin. Elle se doutait bien que nous repasserions ce matin… Bien sûr, Suzy et Giang ont immédiatement lies amitié, heureuses toutes deux de parler vietnamien, puisque Giang vient aussi de l’autre coté des monts d’Annam.

Mais Vientiane c’est aussi le Wat Sisakhet, là où dorment les Bouddhas. Le seul temple encore debout apres le sac de la ville par les Siamois en 1823 ou 25. Tiens, il me souvient que c’était à cause de Chao Anou, cette histoire…

Et le That Luang et ses pinnacles d’or qui s’enflamment dans le soleil couchant.

Et surtout, surtout le Musée National Lao. Un petit bijou de vétusté, une muséographie à l’ancienne, un brin surannée. Juste un brin… Toute la merveilleuse propangande du Pathet Lao en ce qui concerne l’histoire récente, avec « impérialiste », « fantoche » et autre termes bien sentis à peu près tous les 2 cartels, sous des photos à peine orientées, à la gloire de la révolution… Honnêtement, si vous passez un jour par ici, allez-y avant que ça change, cela vaut le coup d’oeil tant cela parait être un musée de l’immobilisme !

Puis rendez-vous au bord du Mékong, au pied de Chao Anou, et regardez passer l’eau limoneuse en sirotant, peut-être, une beer lao. Dites-vous que les choses ont bien changées.

Et que vous ne vivez pas forcement du plus mauvais coté du monde !

J’ai retrouve tous mes esprits !

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Ce n’est pas que j’etait fou – en tout cas pas plus que d’habitude – mais avant de quitter Vang Vieng, il fallait imperativement que mes 32 esprits soient tous bien la, au chaud dans mon corps.
Pour cela, Ger avait organise la ceremonie ad hoc a Ban Phathao, un de ces baci dont il a le secret et sans lequel il est parfaitement stupide de vouloir partir au loin. En tout cas sans prendre le risque de laisser l’esprit du pied, par exemple, derriere soi et souffrir d’un cor invisible et inexplicable jusqu’a quand on revient au pays. Pas franchement terrible, vous en conviendrez.
Toute la « famille » etait reunie : Ger et Xiang, son epouse, Khoua et sa femme, ainsi que leur fille, embauchee pour cuisiner. Le fils aine de Ger n’etait pas bien loin et une horde d’enfants rieurs guettait chacun de nos mouvement, indifferents a la pluie qui nimbait la foret.
Ger a demande aux esprits, ces 32 esprits qui cohabitent en nous, de revenir. L’heure etait grave et la lente psalmodie, ponctuee de nos prenoms, belle et douce dans l’air calme du matin. Deux poulets ont livre leurs oracles : notre voyage se poursuivra sans encombre. Tout allait bien se passer…
Apres que nos poignets eurent recus les bracelets rituels attachant a notre corps les esprits potentiellement balladeurs, nous avons mange. Banquete. Festoye. Riz. Poulets. Fricasses de feuilles de manioc. Soupe aux legumes. Mirinda. Pas ce que l’on fait de mieux, ce soda trop sucre au gout un peu chimique. Mais ce fut un vrai festin !
Le temps est passe trop vite. Le temps ici passe toujours trop vite. Il y a tant a dire, a voir, a faire, tant d’amitie qui se noue – Suzy que Xiang annonce etre sa soeur, qui l’embrasse au moment du depart, chose rare de la part de cette femme douce et reservee – que nous avions tous le coeur lourd au moment de monter dans le camion. Camion, qui au demeurant ne voulait pas nous laisser partir, usant fallacieusement d’un mauvais argument, cable de batterie un peu faible. Tu parles ! Nous nous sommes allonges, Ger et moi, dans la boue ocre du village, comme pour nous prosterner mais finalement, le fils de Ger a eu raison du vehicule recalcitrant. Objets inanimes, avez-vous donc des kwan ? Il faut croire que oui. Et que le fils de notre ami est un bon chamane.
Devant la guest-house, a Vang Vieng, Ger avait des larmes aux yeux.
Moi aussi.

Comme dirait la Comtesse…

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… après la pluie, le beau temps. Et vice-versa.

Oui, il y avait du soleil ce matin. Pas un grand ciel bleu, mais comme des troupeaux de moutons égarés dans l’azur, un horizon réjouissant après la grisaille des ces derniers jours. Et pour fêter cela, devinez-quoi ? Nous sommes allés visiter une grotte ! C’est ça le problème avec les spéléos : des qu’il fait beau, ça se réfugie sous terre. Un genre de vampire boueux, en somme…

Bon, Tham Chiang n’est pas vraiment une grotte pour spéléo, en tout cas beaucoup moins que Tham Mai Phathao ou nous sommes allés hier avec Ger. D’autant que nous nous sommes contentes de la partie pour le touristes, avec (belles) lumières et sol en béton. Après la boue d’hier, il fallait tout juste cela pour réconcilier Suzy avec le monde des abîmes… Cela et aussi une baignade dans la résurgence, toujours aussi bleue azur mais avec 2 m d’eau en plus ! Se plonger dans cette eau délicieusement fraîche est un moment d’une intense jouissance.

Sur le chemin du retour, quelques grondements au loin. Des gouttes de pluies… L’orage, drue, violent, du genre a ne pas marcher sous la pluie. Nous avons trouve refuge chez des Lao, pas le moins du monde interloques de notre présence. Au contraire, comme ils fêtaient la Saint Bouddha, nous avons eu un verre de beer-lao, le temps que « bo fon tok« , il ne pleuve plus.

Comme quoi, ne pas prendre de parapluie peut parfois s’avérer un excellent moyen de lier, l’espace d’un instant, amitié.

C’est au Laos que ça se passe, pas ailleurs.