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D’îles en îles, premier matin du Monde

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Dans un voyage, il y a toujours des moments d’exception. Du genre à vous faire oublier certaines vicissitudes légèrement mercantiles comme il y en a malheureusement trop au Vietnam. « Buy something for me « , si vous voyez ce que je veux dire.

Laissez-moi vous expliquez.

Ce matin, nous avions prévu une petite croisière sur les multiples canaux qui parcourent l’ile de An Binh, où nous avons élu résidence. Dans ce genre de cas, il faut s’attendre a tout, en particulier au pire. C’est exactement l’inverse qui est arrivé…

Tôt ce matin, une charmante dame est venue nous chercher au homestay, toute frêle sous son chapeau conique. À travers un dédale de piste en ciment, nous sommes partis vers un canal envahi de jacinthes d’eau, dominé par la silhouette gracile des bambous. Le bateau nous attendait, piloté par le mari de notre guide. Quel âge lui donner ? Sans doute soixante ans, mais son sourire est tellement frais que c’est bien difficile à affirmer…

Avec nous, une autre famille française, d’un commerce fort agréable, comme on disait autrefois, des Picards dont la fille fait un stage à l’ambassade de France à Hanoi. Dans la longue barque, ornée de deux gros yeux à la proue, un auvent de rotin protège du soleil, déjà brulant à cette heure matinale. Le moteur ronronne. Le Mékong s’offre a nous, que nous quittons bientôt pour une de ces avenues aquatiques qui quadrillent toutes les îles du delta. La forêt forme comme une galerie ombragée. Nous croisons d’autres barques, et des cargos lourdement chargés de sable que des grues puisent dans le lit du fleuve, de bois, de fruits… Les villages défilent au rythme lent de notre navigation.

Soudain, les rives s’écartent. Une immensité surgit, couleur de Ca phe sua. Le Mékong était  revenu, du moins un autre bras, plus large encore que celui que nous avons quitté. Notre embarcation parait bien légère sur ce semblant de mer, à peine ourlé devant nous d’une timide ligne vert sombre. Notre capitaine s’engage sans crainte. Le Dragon sommeille, nous pouvons nous engager sans avoir peur dans sa titanesque bouche…

Lorsque nous parvenons dans la petite ville côtière de Cai Be, nichée sur un modeste affluent du grand fleuve, le marche flottant est presque terminé. Il ne reste plus que quelques bateaux dont les mats signalent la cargaison : ananas, navets, courges et autres longanes, pendus comme des trophées en haut de longues perches de bambous. Qu’à cela ne tienne : pied a terre dans le sillage de notre délicieuse hôtesse, pour découvrir la ville et ses fabriques de longanes séchés, ses mielleries, autant de petits trésors exotiques dont Suzy nous traduit les secrets millénaires.

Retour au bateau. Sur l’autre rive, nous passons dans une barque plate et nous enfonçons dans un étroit canal. Il n’y a plus que le bruit des rames qui heurtent l’eau. L’ambiance se fait irréelle alors que la vie, la vie simple des gens du Delta, nous transperce et se coule en nous. Oserais-je l’avouer ? Nous avons écouté, en sourdine, la voix de Jim Morrison. The end ? Non, tout juste un éternel commencement… Puis nous avons retrouvé nos amis vietnamiens. Découvert avec eux une incroyable maison sino-portugaise, tapie sous les frondaisons. La propriétaire, une adorable vieille dame de 87 ans, nous en a ouvert les portes. Encore une once de magie pour nos yeux. Lorsque le mirage s’est estompé, nous étions a Vinh Long. Nos amis Picards nous ont laissés, pour continuer leur route vers Saigon, Suzy est partie avec notre hôtesse se faire faire de nouvelles lunettes. Dans la torpeur de l’après midi, nous nous sommes quittés, émus de cette rencontre, de cette amitié dont Jean-Pierre, Patrick et moi n’avons perçu que les rires et les regards pleins de malice.

Mais je crois bien que c’est tout ce qui fallait en garder !

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Le retour du Mékong…

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Après deux jours dans le chaudron saïgonais, dans le vacarme permanent des klaxons, nous avons fui vers le delta du Mékong, non loin de Vinh Long.

Nous avons retrouvé le grand fleuve, abandonné à Vientiane et survolé à Phnom Pen. Song Tien, le bras que nous avons traversé, d’abord sur un superbe pont puis en bateau en sens inverse, est plus large qu’au Laos. Et ce n’est là qu’un des neuf bras…

Cửu Long Giang. Les Neuf Dragons. Un univers en soi, où l’eau est à la fois promesse de vie et menace de mort, quand les crues font monter le fleuve, ravageant tout.

Nous sommes sur une petite île, à An Binh, dans un homestay en apparence au milieu d’un nulle part sillonné de pistes en béton à peine au-dessus des eaux jaunes du fleuve. L’île est parcourue d’un réseau de canaux qui font immanquablement penser à Apocalypse Now. Il suffirait de la musique des Doors et de la figure fantomatique du colonel Kurst pour s’y croire. Mais, en guise de Doors, ce sont les rires et les cris d’enfants. Le colonel est parti depuis bien longtemps. Et trop loin de la mer, Charly ne surfe toujours pas.

C’est un havre de paix. Il ne semble pas y avoir d’heure, notre famille d’accueil est simplement charmante, le ciel est bleu, les cocotiers tout verts… Il ne reste plus qu’à ne rien faire. Se la couler douce en attendant que ça se passe. Dessiner, lire, dormir.

Si la paresse est un péché capital, alors je suis bon pour l’enfer. À condition seulement qu’il ressemble à ce minuscule bout de terre hors du temps…